Tournesols

Tournesols

mardi 30 octobre 2007

Un homme honnête

Ça fait du bien !

Réflexions sans réflexion

De temps en temps, je me lâche. En général, c’est chez moi un signe de fatigue. Dans ce cas, je dis ce que je pense et parfois, il serait préférable que je me taise.

- Allô, Docteur ? Pourriez-vous s’il vous plaît, remettre votre visite chez ma mère à un autre jour ? Je dois aller chez le vétérinaire.
- Pourquoi ? Vous êtes malade ?

Et là, je vous jure, un grand moment de solitude ! Puis vous entendez les rires au bout du fil. Ouf !

- Docteur, est-ce que vous pouvez venir me voir cet après-midi ?
- Pas de problème, je passerai dans l’après-midi.
- Mais pas avant 4 heures, j’ai le coiffeur et puis le soir je vais chez ma fille.
- Votre pizza, vous la voulez avec des olives vertes ou des olives noires ?

Bon, elle n’a pas compris. Maintenant, elle vient au cabinet en allant chez le coiffeur.

Bip pompier. Chute sur la voie publique. Traumatisme du genou.
Quand j’arrive la dame est déjà dans l’ambulance des pompiers. Je découvre le genou. Rien de visible. Je le palpe, je le plie, le déplie, fais des ronds avec la jambe. Rien ! Pas de douleur !
- Dites-moi, vous avez essayé de marcher après votre chute.
- Oh non Docteur ! Mon ami m’a dit : "Ne bouge pas, j’appelle les pompiers !"
- Lève toi et marche lui dis-je.
Elle s’est levée et elle a marché.

J’aime faire des miracles.

mardi 23 octobre 2007

Médecin pompé

Depuis 16 ans, je suis médecin pompier. Volontaire. Autrement dit, quand je me suis installé, mon prédécesseur était médecin pompier et j’ai poursuivi le sacerdoce.

Nous avons un joli bip qui fait un bruit atroce quand il se déchaîne, nous sommes "indemnisés" quelques euros de l’heure d’intervention, nous avons droit à l’uniforme (sur mesure), que j’ai mis deux fois. Et surtout, nous sommes corvéables à merci. Ah, j’oubliais, nous sommes aussi sur la photo du calendrier.

Notre fonction semble indispensable dans un village situé à plus de 35 kilomètres du premier hôpital, mais j’aimerais simplement ne pas être dérangé pour rien. Ce qui semble trop demander.

Garde de ce week-end. Samedi, il est 20 heures, je viens de rentrer d’une journée de boulot, je vais me mettre à table, le bip sonne. Il y a une maison qui brûle dans le village et il y aurait un blessé "au genou", "incommodé par la fumée". On n’y va !

À l’arrivée, un homme charmant qui se demandait bien pourquoi on m’avait dérangé et qui s’était blessé en marchant sur une pomme, la veille au soir. Ça ne s’invente pas !

Dimanche matin, il est 8 heures, le bip sonne. Un "malaise" dans une voiture. Là, je sais déjà que c’est une connerie avant de partir. À tous les coup, c’est quelqu’un de "fatigué" qui rentrait de boîte et qui s’est arrêté au bord de la route pour piquer un roupillon. Un passant a vu le mec dans la voiture et sans aller voir a prévenu les pompiers avec son téléphone portable (un grand classique). J’y vais tout de même, puisqu’ils ne feront rien sans mon avis de toute façon. En cours de route, je croise un pompier qui me dit de passer tout d’abord à la caserne. Bien m’en a pris. D’abord le café était bon, et ensuite, notre "malaise" s’était barré avant notre arrivée.

Hier matin. Le lycée m’appelle. Un des élèves s’est pris le pouce dans l’engrenage d’une bétonnière. Ils me l’amènent au cabinet. Le pouce est un peu "destroyed" avec un ongle qui a des vues d’indépendance. Je calme le garçon avec un peu de morphine et je cherche une ambulance ou un taxi pour l’amener aux urgences pour faire les radios et rafistoler le morceau.

Impossible d’en trouver, elles sont toutes sur les routes de la région. J’appelle donc le 15 pour qu’ils me trouvent un moyen de transport. Y’en n’avait pas, alors ils ont "déclenché" les pompiers. Vous imaginez ! Un camion ambulance et trois types super-formés au secourisme pour accompagner un mec qui avait un pansement sur le pouce. Gabegie ?

C’est vous qui paye !!

mardi 16 octobre 2007

Arizona Dream



Ah ! Que c’était beau ! Que c’est grand, immense et infini ! Les Américains disent "huge". Il faut prononcer "ioudje" avec quelques frites ou un bol de crème chantilly dans la bouche pour l’accent.

Là-bas, tout est "ioudje" ; les bagnoles, les routes, les hôtels (à Las Vegas c’est même totalement "ioudje"), les paysages, les cookies (25 cm de diamètre avec toutes sortes de noisettes, chocolats, caramels, etc.). Mais c’est surtout un long défilé de paysages sublimes.

4 000 km en moto dans un fauteuil de cinéma à regarder défiler le décor. D’autres photos par ici

Ce qui est dur quand vous fréquentez une autre civilisation, même si vous parlez le dialecte, c’est la foultitude de petites habitudes différentes qui vous compliquent la vie. Premier sandwich : selon les conseils éclairés du Guide du Routard je vais le choisir dans un établissement "qui va bien". La liste des sandwichs est impressionnante avec divers ingrédients aux noms pas toujours explicites. Bon, je me lance et je choisis "celui-là". Le monsieur me regarde et me pose une question du genre "watbreddoyououant" avec le plein tube de chantilly dans la bouche et sans ouvrir les lèvres. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je choisisse le pain (il y en avait cinq différents du pain français au pain pita mexicain, en passant par plusieurs pains de mie). Nouvelle question de mon vendeur "yououantnionetuceomato". Grand silence dans mon cerveau personnel au traducteur défectueux. "I don’t understand" j’avoue. Alors il me montre une vitrine avec des tomates, de la salade, des oignons, etc. à mettre en plus dans mon pain. L’épreuve suivante et balbutiante concernait la sauce "ouatsos ?". J’ai pris "vinaigrette". Puis il me demande "Pickles ?". Alors là, j’ai compris du premier coup et j’ai dit "Yesss" avec un grand sourire.

Bon, ça ne valait pas un jambon beurre !

mardi 25 septembre 2007

Vacances

Et hop ! Je pars en vacances. Un rêve de gosse, je pars rejoindre ma fille dans le Colorado. J'ai loué une moto qui est sensée m'attendre là-bas et à moi les indiens, les cowboys, les canyons, les diligences.

Youpee !!

samedi 22 septembre 2007

Mémoire d'une âme

« Docteur, avec l'âge, je perds la mémoire ! » Après quelques tests, l'évidence est là. « En effet, vous avez quelques problèmes, vous avez une maladie de la mémoire. » C'est plus facile à dire et à accepter que "maladie d'Alzheimer".
« Vous me rassurez docteur, vous savez comme j'ai peur de perdre la tête. Parfois, j'ai l'impression de décibouler. »

Il est toujours terrible de s'apercevoir qu'une personne que l'on connaît depuis plus de dix ans souffre de cette terrible maladie. Elle va peu à peu oublier ce que je lui dis, puis oublier mon nom, puis oublier ce que je suis et sombrer lentement dans le crépuscule de la démence. Tous les merveilleux médicaments hors de prix que nous utilisons depuis dix ans n'ont pas changé grand-chose. L'histoire se finit toujours mal.

Madame J. lit le journal, toujours le même journal. Nous le changeons quand il tombe en ruines. Elle rit, elle commente les nouvelles, elle raconte à ses voisines.

Madame C. se promène… jour et nuit. « Je suis perdue, je suis perdue ! ». Elle suit parfois M. G pensant que lui, avec son air décidé et sa démarche chaloupée sait où il va. Et ils tournent en rond toute la journée ne s'arrêtant que pour dormir, épuisés. Nous profitons des passages près de l'office pour les ravitailler en vol : bananes, gâteaux, fromage.

Monsieur F. est depuis quelques années dans l'établissement. Il y a bien longtemps qu'il ne sait plus ce qu'il fait ici, ni ce qu'il a fait il y a cinq minutes. Il ne sait plus s'habiller seul, mais marche encore obstinément. Quand nous lui avons annoncé le décès de son frère, il n'a pas vraiment réagi. Mais une semaine plus tard, il aborde l'infirmière : « Tu sais, il m'arrive un truc terrible. Paul est mort ! »

Le cerveau est malade, mais le cœur commande encore souvent.

mardi 18 septembre 2007

Saletés de métier

Ma fille en revenant d'un stage chez le kiné : « Oh ! Je ne ferais pas ce métier là, les gens sont trop crades ! »

C'est vrai, l'hygiène n'est pas le point fort d'une bonne partie de la population. Je me rappelle mon dégoût lors des premiers contacts avec les patients. Aux urgences, les gens arrivent "dans leur jus". Ils n'ont pas eu le temps de sauvegarder les apparences en faisant un brin de toilette. Et là ! Surprises !

Le beau mec qui défile sur le boulevard avec son cabriolet vermillon sent le homard pas frais et porte des chaussettes dont ne voudrait pas un chiffonnier enrhumé. Cette belle jeune fille bien maquillée garde la trace (en noir) de son soutien gorge au niveau des épaules. Quand au beau monsieur en costume, nous avons été obligé de faire une fouille quasi archéologique de son nombril retirant une espèce de bourre et comme de la réglisse lors de la préparation pour le bloc opératoire.

Plus tard, lors de mes remplacements, je suis entré chez des gens qui avaient les géraniums tout l'hiver dans la baignoire de l'appartement. Dans les salles de bain, il n'y a parfois qu'une brosse à dents pour toute la famille et elle a l'air bien poussiéreuse.

Il est parfois très difficile d'examiner quelqu'un qui sent particulièrement fort. Mes capacités pour retenir ma respiration sont assez limitées et l'examen prend en général plus de trente secondes. Quand vous passez le stéthoscope dans le dos et que votre nez se trouve en face de l'ouverture du tricot, vous prenez tout à coup des effluves d'urines vieillie, de sueur aigre et de divers parfums non répertoriés chez Dior ou Armani. Ce n'est pas le moment de penser à votre petit-déjeuner !

Vous comprendrez aisément pourquoi les médecins aiment recevoir des visiteurs ou visiteuses médicales, bien pomponnés et qui sentent bon, même s'il est rare de mettre notre nez dans leur décolleté ou derrière leur cravate.