En France, nous sommes souvent fiers de notre système de santé, qui a même été déclaré à un moment "le meilleur du monde". Le système anglais sert le plus souvent de repoussoir avec ses délais d’attente, l’absence de choix du médecin par le patient et les consultations qui ne durent que cinq minutes.
Il faut dire que le médecin généraliste anglais travaille dans des conditions tout à fait différentes de celui de son homologue français. Il gère une véritable petite clinique avec infirmières, secrétariat et tout le toutim. Dans ses "cinq minutes", il n’a pas à se préoccuper de la paperasse, des prises de rendez-vous et de la facturation de l’acte.
Il n’a pas, non plus, à demander la Carte Vitale qui est, bien sûr au fond du sac de la dame. Ah non ! Elle n’y était pas. Elle était dans le porte-cartes. Ah non ! Ça c’est la carte de réduction à Shopi. Et elle tend enfin… sa carte bancaire.
« Pourtant je l’avais préparée ! » Devant le temps perdu en fouilles quasi archéologiques, à la recherche du Plastique Vert, j’ai mis une affiche depuis longtemps pour demander de "PRÉPARER sa Carte Vitale". Ce qui n’a eu aucun effet. Il y a ceux qui ne lisent pas les affiches, ceux qui s’en fichent, ceux qui ont sorti la carte du portefeuille pour la mettre dans une poche de la veste, mais qui ne se rappellent plus dans quelle poche, ceux qui disent qu’ils ont "préparé", alors que la carte est toujours dans le porte-cartes au fond du sac, sous les mouchoirs, les clefs, l’ancienne ordonnance, la liste des courses et deux ratons laveurs. Pour ces derniers, "préparer" doit correspondre à un rite vaudou ou autre préparation psychologique avant de rentrer dans le cabinet.
Le médecin anglais n’a pas non plus à assister aux déshabillages et rhabillages. Les patients sont livrés déjà conditionnés.
Pour le déshabillage, tout commence souvent par un marchandage. Il faut savoir, que je demande toujours à mes patients de se déshabiller, c’est-à-dire enlever systématiquement le haut sauf le dernier sous-vêtement et le bas, si nécessaire. Et bien, depuis quinze ans, certains patients me demandent systématiquement. « Et en remontant la manche, ça suffit pas ? » « Non, ça suffit pas ! Je n’ai pas mis ma super vision X ce matin pour voir à travers les habits et j’ai oublié mon super-stéthoscope à tête chercheuse qui peut se glisser dans le bas du dos en partant du col sans se perdre entre deux "Thermolactyl" ou rester accroché à une bretelle de soutien-gorge.
Donc, ils enlèvent une couche, s’arrêtent : « J’en enlève encore ? ». Une autre couche : « J’en enlève encore ? ». Ils arrivent à me faire craquer à la troisième couche. Je me rappelle une vieille dame qui vivait dans une ferme chauffée uniquement à la cheminée (mais on laisse la fenêtre entrouverte pour pas qu’elle fume !), et qui était recouverte d’une superposition invraisemblable de vêtements. Je finissais toujours par caler sur un sous-pull orange à col roulé que je ne suis jamais arrivé à lui faire enlever. C’était la troisième couche l’été et la cinquième l’hiver. Il en restait encore trois ou quatre dessous. Heureusement, que je pensais à amener mon stéthoscope à tête chercheuse.
Il y a aussi les pudiques petites demoiselles de quatorze ans, vêtues ou plutôt dévêtues comme des Lolitas, mais qui ne veulent pas soulever le T-shirt moulant qui laisse deviner leurs bourgeons naissants.
Il y a la dame qui sort du coiffeur et ne veut pas abîmer sa mise en pli.
Il y celui qui a tellement d’arthrose qu’il ne peut pas se déshabiller tout seul.
Il y a celui qui a un maillot de corps sale et qui ne veut pas le montrer.
Il y a celui qui se déshabille entièrement pour un simple mal de gorge.
Il y a celui qui a mis sa nouvelle chemise avec 235 boutons.
Etc., etc.,
Et je ne vous parle pas du rhabillage !
Tournesols
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vendredi 11 janvier 2008
lundi 3 septembre 2007
Café bouillu
« Docteur, vous prendrez bien un café ! »
Il reste un peu de convivialité dans notre métier. Faisant énormément moins de visites et le plus souvent chez des gens très âgés et dépendants, les offres de café, de petit coup à boire, de gâteaux, crèpes et bonbons divers sont beaucoup moins fréquentes.
Je me rappelle, un de mes premiers remplacements, celui qui a fait que je suis devenu médecin généraliste à la campagne… Deux heures du matin après avoir soigné un œdème du poumon au fin fond de la campagne aveyronnaise, le patient va mieux,… le docteur aussi !! La solitude du médecin dans les moments d'urgence est présente, quasiment physiquement : un nuage lourd qui pèse sur les épaules, une angoisse qui aiguise l'esprit, mais serre la gorge et fait battre le cœur plus vite. Et bien sûr, il faut rester calme en apparence, et souriant même, et quand vous avez vingt-cinq ans et que vous sortez de l'hôpital où vous avez toujours un recours pas bien loin, vous avez plutôt envie de prendre vos jambes à votre cou et de vous retrouver très loin,… ailleurs…
Alors, le "petit coup à boire" est bienvenu. La dame du monsieur qui va mieux sort la gnôle du placard et m'en verse une rasade dans un verre à moutarde. C'est bon, cette chaleur qui descend puis cette insouciance qui remonte. Après, il a fallu retrouver le chemin du cabinet dans le brouillard. La vieille 203 break m'a ramené au bercail. Elle devait avoir l'habitude.
Plus redoutable est d'accepter le café. Dans certaines maisons, l'usage est de faire le café une fois par semaine. Il reste donc à décanter tranquillement dans la cafetière. Le café est servi réchauffé dans une petite casserole en alu. Le grésillement du café au fond de la casserole marque la fin de la "cuisson". Le goût de ce genre de café est indescriptible ; saveurs de goudron frais, de crâmé ancien, de charbon aromatisé à la chicorée.
Café bouillu, café foutu !
Il reste un peu de convivialité dans notre métier. Faisant énormément moins de visites et le plus souvent chez des gens très âgés et dépendants, les offres de café, de petit coup à boire, de gâteaux, crèpes et bonbons divers sont beaucoup moins fréquentes.
Je me rappelle, un de mes premiers remplacements, celui qui a fait que je suis devenu médecin généraliste à la campagne… Deux heures du matin après avoir soigné un œdème du poumon au fin fond de la campagne aveyronnaise, le patient va mieux,… le docteur aussi !! La solitude du médecin dans les moments d'urgence est présente, quasiment physiquement : un nuage lourd qui pèse sur les épaules, une angoisse qui aiguise l'esprit, mais serre la gorge et fait battre le cœur plus vite. Et bien sûr, il faut rester calme en apparence, et souriant même, et quand vous avez vingt-cinq ans et que vous sortez de l'hôpital où vous avez toujours un recours pas bien loin, vous avez plutôt envie de prendre vos jambes à votre cou et de vous retrouver très loin,… ailleurs…
Alors, le "petit coup à boire" est bienvenu. La dame du monsieur qui va mieux sort la gnôle du placard et m'en verse une rasade dans un verre à moutarde. C'est bon, cette chaleur qui descend puis cette insouciance qui remonte. Après, il a fallu retrouver le chemin du cabinet dans le brouillard. La vieille 203 break m'a ramené au bercail. Elle devait avoir l'habitude.
Plus redoutable est d'accepter le café. Dans certaines maisons, l'usage est de faire le café une fois par semaine. Il reste donc à décanter tranquillement dans la cafetière. Le café est servi réchauffé dans une petite casserole en alu. Le grésillement du café au fond de la casserole marque la fin de la "cuisson". Le goût de ce genre de café est indescriptible ; saveurs de goudron frais, de crâmé ancien, de charbon aromatisé à la chicorée.
Café bouillu, café foutu !
jeudi 30 août 2007
Bons baisers de partout !
Elle a 98 ans, une vivacité de jeune fille, une petite souris souriante qui pétille de malice. Mais elle est sourde. Alors pour lui parler je me penche vers sa "bonne" oreille pour lui proposer un conseil. Et au passage elle me claque un baiser sur la joue.
Elle a 86 ans. La maladie d'Alzheimer ne ternit pas encore son regard bleu, mais peut-être son jugement esthétique. « Que vous êtes beau ! » me dit-elle « Je peux vous embrasser ? »
C'est un beau métier tout de même !
Elle a 86 ans. La maladie d'Alzheimer ne ternit pas encore son regard bleu, mais peut-être son jugement esthétique. « Que vous êtes beau ! » me dit-elle « Je peux vous embrasser ? »
C'est un beau métier tout de même !
mardi 28 août 2007
Reprise
Après trois semaines de vacances, le retour est souvent chaud. Beaucoup de gens s’imaginent que mon associé me parle de tout ce qu’il a vu et fait pendant mon absence. En fait, et c’est déjà pas mal, nous nous contentons de noter dans les dossiers les comptes rendus de consultation. Nous ne parlons entre nous que des faits saillants (décès, maladies graves, problèmes en cours…). Pour le patient, son changement de traitement pour la tension ou son entorse de la cheville est un évènement marquant, pas pour le médecin. Nous n’avons vraiment pas le temps de nous plonger en rentrant dans une centaine de dossiers pour en voir les modifications. Une fois de plus, l’organisation de notre métier ne nous permet pas de travail "à froid" sur les "cas". La lecture du courrier reçu (comptes rendus d’hospitalisation ou de consultations spécialisées, paperasses diverses, etc.) n’est en général possible que sur quelques jours.
À chaque rentrée, il est toujours aussi étonnant de se rendre compte de notre incapacité à prévoir l’avenir. Vous retrouvez des patients que vous pensiez mourants, votre associé n’a même pas entendu parler de celui-là pour lequel vous aviez laissé trois pages d’instructions, mais par contre le rhume de celui-ci, auquel vous n’aviez pas pensé une seconde, s’est terminé à l’hôpital.
Humilité !
À chaque rentrée, il est toujours aussi étonnant de se rendre compte de notre incapacité à prévoir l’avenir. Vous retrouvez des patients que vous pensiez mourants, votre associé n’a même pas entendu parler de celui-là pour lequel vous aviez laissé trois pages d’instructions, mais par contre le rhume de celui-ci, auquel vous n’aviez pas pensé une seconde, s’est terminé à l’hôpital.
Humilité !
jeudi 26 juillet 2007
Prévention
Une infirmière et une diététicienne de mon hôpital local se sont lancées avec beaucoup d’énergie et de savoir-faire dans des séances d’éducation aux diabétiques. Elles se sont formées, ont trouvé des financements et évaluent soigneusement leur travail. Les diabétiques de la région peuvent aller, gratuitement, profiter de conseils sur la prévention, la diététique et la gestion de leur maladie avec elles, mais aussi un diabétologue, des pharmaciens et un podologue.
Les patients ayant participé en sont ressortis ravis, le suivi est très positif au bout de quelques mois. Malheureusement, cette histoire risque de se terminer faute de… participants. Pourtant ce ne sont pas les diabétiques qui manquent. Seulement, pour qu’ils y viennent, il faudrait qu’ils en connaissent l’existence. Le médecin généraliste pourrait faire passer le message, mais il ne le fait pas ou peu et souvent les diabétiques n’y vont pas pour diverses raisons (problème d’horaires, de transport et surtout de "pas envie").
Quand on y réfléchit un peu, il n’est pas étonnant que l’affaire périclite. En effet, ce n’est pas le rôle de l’hôpital de faire de la prévention. Le lieu naturel serait la "ville". Imaginez que dans chaque cabinet médical, il y ait une infirmière formée à la prévention. Avant toute consultation médicale, il y aurait un entretien avec cette infirmière qui en profiterait à chaque fois pour faire passer les messages de prévention et d’éducation pour la santé. Le médecin, ensuite, n’aurait plus qu’à soigner.
Bien sûr ceci est totalement incompatible avec notre exercice libéral français. Il est pourtant facile de s’apercevoir que l’argent investi dans cette prévention serait largement remboursé par la diminution des traitements, de la maladie et de ses complications.
Mais ça profiterait à qui ?
Les patients ayant participé en sont ressortis ravis, le suivi est très positif au bout de quelques mois. Malheureusement, cette histoire risque de se terminer faute de… participants. Pourtant ce ne sont pas les diabétiques qui manquent. Seulement, pour qu’ils y viennent, il faudrait qu’ils en connaissent l’existence. Le médecin généraliste pourrait faire passer le message, mais il ne le fait pas ou peu et souvent les diabétiques n’y vont pas pour diverses raisons (problème d’horaires, de transport et surtout de "pas envie").
Quand on y réfléchit un peu, il n’est pas étonnant que l’affaire périclite. En effet, ce n’est pas le rôle de l’hôpital de faire de la prévention. Le lieu naturel serait la "ville". Imaginez que dans chaque cabinet médical, il y ait une infirmière formée à la prévention. Avant toute consultation médicale, il y aurait un entretien avec cette infirmière qui en profiterait à chaque fois pour faire passer les messages de prévention et d’éducation pour la santé. Le médecin, ensuite, n’aurait plus qu’à soigner.
Bien sûr ceci est totalement incompatible avec notre exercice libéral français. Il est pourtant facile de s’apercevoir que l’argent investi dans cette prévention serait largement remboursé par la diminution des traitements, de la maladie et de ses complications.
Mais ça profiterait à qui ?
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