Germaine vit à la maison de retraite depuis quelques années. Elle n’a pas beaucoup d’argent et "les sous" sont vraiment un problème. Sa famille n’est pas très présente, sauf pour râler quand il faut payer quelque chose. C’est une vieille dame attachante qui ne se plaint jamais. Mais elle devient "trop lourde".
Il faut dire qu’elle cumule les handicaps. Elle pèse plus de 100 kg et a une peau qui a la fragilité d’un papier vieilli par le temps et le soleil. Ses jambes et ses fesses sont couvertes de pansements pour soigner les bobos en cours et essayer de prévenir les bobos à venir. Il faut au moins deux personnes, plus d’une heure le matin et le soir pour lui faire les soins. Trop pour une simple maison de retraite.
Depuis quelques jours elle se plaint d’une jambe. Il n’y a pas eu de chute, pas eu de choc particulier, mais elle ne peut plus s’appuyer dessus et souffre en la bougeant. La radiographie montre une fracture du col du fémur. La tuile !
Sa fille vivant près de la grande ville, nous l’envoyons aux Urgences du CHU (50 km), plutôt que dans notre hôpital départemental (40 km). Les Urgences n’en ont pas voulu ; pas de place, pas le bon département. Ils l’ont renvoyée, dans son ambulance, avec sa fracture, faire 80 km pour rejoindre les urgences de l’hôpital général.
Elle devait être trop lourde.
Maintenant, elle est opérée. La rééducation risque d’être difficile. Ses quelques forces perdues, elle va être encore plus dépendante. L’équipe a décidé qu’il était impossible qu’elle revienne à la maison de retraite. Les filles n’en peuvent plus, finissent les toilettes du matin à midi, midi et demi. Le départ de Germaine va leur permettre de proposer d’avantage de douches et de bains aux autres résidents. De préparer le service du repas de midi avec plus de sérénité.
Mais Germaine, elle, ne voulait pas partir de sa chambre. Elle y avait ses petites habitudes et s’était attachée aux filles qui venaient s’en occuper tous les matins. Il va falloir lui trouver une place dans un établissement qui ne la trouve pas trop lourde, pour un prix qui ne soit pas trop lourd.
Parfois, ce métier me pèse !
Tournesols
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samedi 24 novembre 2007
vendredi 27 juillet 2007
Fin de vie
Geneviève a 83 ans, elle pèse 41 kg. Ce petit bout de femme sympathique et bavarde est hospitalisé depuis quelques jours dans le service. Elle semble contente de voir ce médecin qui vient lui parler et lui poser des questions dans le cadre de son stage.
Sa vie est facile à raconter : institutrice, femme d’un instituteur, elle n’a jamais eu d’enfants et sa vie a rebondi d’écoles en écoles dans l’ombre et la fumée de son mari qu’elle admire, mais qui « fumait trop ». Son grand plaisir est de gâter ses neveux et de les voir grandir.
La retraite arrive avec son sentiment d’inutilité jusqu’à la dépression, jusqu’aux tentatives de suicide.
Un infarctus du myocarde vient aggraver sa fragilité, le décès de son époux semble finir une vie dont elle n’a plus que faire.
Elle vit maintenant à Toulouse, dans un appartement dont elle ne sort quasiment jamais. Sa jeune sœur de 80 ans vient la voir tous les jours, parfois avec sa fille, une « femme de ménage » lui fait la cuisine (qu’elle n’a jamais aimé faire) et entretient l’appartement. Son neveu s’occupe de ses papiers. Une fois par mois, le médecin vient lui renouveler son traitement « pour le cœur » et ses antidépresseurs.
Parfois sa sœur arrive à la convaincre d « aller faire un tour », mais elle a peur d’aller en ville, elle, qui a vécu quasiment toute sa vie à la campagne.
Petit à petit elle a cessé de manger. Un jour, elle a eu un malaise et s’est fracturée la mâchoire. C’est pour ça qu’elle est dans cette chambre double.
D’après les médecins, elle n’est pas vraiment malade. Son bilan biologique est correct, elle ne présente même pas de signes de dénutrition et peut facilement accomplir les « actes de la vie courante ». L’examen clinique ne retrouve qu’un petit souffle de la carotide gauche et une absence de pouls périphériques qui signent sa maladie vasculaire.
L’évaluation psychologique n’a pas trouvé de signes de dépression. C’est vrai qu’il n’y a pas d’idées suicidaires, d’auto-dénigrement, ni d’angoisse ou de souffrance psychique. Mais il n’y a aucun désir, aucune motivation pour continuer. Elle n’a plus envie de rien, plus de projet de vie.
Elle est là, c’est tout !
Sa vie est facile à raconter : institutrice, femme d’un instituteur, elle n’a jamais eu d’enfants et sa vie a rebondi d’écoles en écoles dans l’ombre et la fumée de son mari qu’elle admire, mais qui « fumait trop ». Son grand plaisir est de gâter ses neveux et de les voir grandir.
La retraite arrive avec son sentiment d’inutilité jusqu’à la dépression, jusqu’aux tentatives de suicide.
Un infarctus du myocarde vient aggraver sa fragilité, le décès de son époux semble finir une vie dont elle n’a plus que faire.
Elle vit maintenant à Toulouse, dans un appartement dont elle ne sort quasiment jamais. Sa jeune sœur de 80 ans vient la voir tous les jours, parfois avec sa fille, une « femme de ménage » lui fait la cuisine (qu’elle n’a jamais aimé faire) et entretient l’appartement. Son neveu s’occupe de ses papiers. Une fois par mois, le médecin vient lui renouveler son traitement « pour le cœur » et ses antidépresseurs.
Parfois sa sœur arrive à la convaincre d « aller faire un tour », mais elle a peur d’aller en ville, elle, qui a vécu quasiment toute sa vie à la campagne.
Petit à petit elle a cessé de manger. Un jour, elle a eu un malaise et s’est fracturée la mâchoire. C’est pour ça qu’elle est dans cette chambre double.
D’après les médecins, elle n’est pas vraiment malade. Son bilan biologique est correct, elle ne présente même pas de signes de dénutrition et peut facilement accomplir les « actes de la vie courante ». L’examen clinique ne retrouve qu’un petit souffle de la carotide gauche et une absence de pouls périphériques qui signent sa maladie vasculaire.
L’évaluation psychologique n’a pas trouvé de signes de dépression. C’est vrai qu’il n’y a pas d’idées suicidaires, d’auto-dénigrement, ni d’angoisse ou de souffrance psychique. Mais il n’y a aucun désir, aucune motivation pour continuer. Elle n’a plus envie de rien, plus de projet de vie.
Elle est là, c’est tout !
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