Tournesols

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jeudi 16 avril 2009

M. Lechène

Nous connaissons tous des M. Lechène. C’était un homme froid, cassant, autoritaire. Il traitait sa femme comme un chien et ses chiens comme ses enfants. Mais il était fâché avec ses enfants. En politique, il devait être un peu à droite de Le Pen.
Sa femme, beaucoup plus jeune, portait toujours un survêtement bleu ; pas un jogging, un survêtement — sans rayures, sans bandes et sans fioriture — comme ceux que distribuait l’armée du temps du service militaire. Elle devait ramener à son mari la monnaie des courses. Il contrôlait.

Mais l’âge est arrivé. Et tout a changé. M. Lechène avait plus de quatre-vingt-dix ans, il avait besoin d’oxygène, et de plus en plus souvent de l’aide de sa femme pour se déplacer. Un petit malaise de temps en temps lui a fait comprendre qu’il ne pouvait plus rester seul très longtemps. Alors, il a renoué avec son fils aîné, fruit d’un premier mariage, et à l’insu de sa femme s’est trouvé une maison de retraite à plus de deux cents kilomètres de son domicile. Et un jour, il lui a annoncé qu’il partait.

Cette pauvre femme, petit oiseau qui avait bâti sa vie autour et pour cet homme depuis l’âge de dix-huit ans, n’a rien compris, n’a pas voulu de cette liberté qui s’ouvrait devant elle, ne comprenant pas ce qu’elle avait fait pour mériter « ça ». Elle m’amenait des lettres interminables qu’elle écrivait au fils ou à son mari — des lettres parfois brouillonnes ou incohérentes. Elle en voulait au notaire, au fils, mais pas à son mari qui ne voulait pas lui parler au téléphone et refusait qu’elle vienne le voir.

Un matin, la directrice de la maison de retraite a téléphoné. M. Lechène était mort. Il s’est tiré une balle dans la tête.

Il n’a jamais su plier.

10 commentaires:

mdt a dit…

Histoire dure et quel dommage pour tous ces gens. Quand les gens n'arrivent pas à se parler, que de douleurs !

Therese a dit…

J espere que monsieur avait une bonne assurance vie au nom de sa femme pour que elle puisse gambader et s envoyer en l air en toute liberte!..." On connait tous des Monsieur Lechene...' Ben non, j en ai jamais connu.....

petitsecouriste a dit…

Qu'est ce qu'il faisait avec une arme à feu à la maison de retraite? Avec des patients déments, c'est la bavure assurée...

docteur V. a dit…

Pourquoi dites-vous ça ? Les déments se suicident très peu et savent qu'une arme à feu est dangereuse jusqu'au moment où ils ne savent plus s'en servir.
Le drame de M. Lechaine est justement, qu'il était totalement lucide sur sa dépendance qu'il ne supportait pas.
Une maison de retraite est un lieu de vie, les chambres des espaces privés dont les pensionnaires devraient pouvoir disposer comme ils veulent et y amener ce qu'ils veulent.

mdt a dit…

Le probléme de ce monsieur, peut être, c'était qu'il était trop "fier" pour admettre s'être trompé, en s'éloignant de sa femme, en se rapprochant de son fils et en allant vivre en maison de retraite. Quand le vie n'a plus de sens !
pour la femme qui reste, quelle vie: dévouée à son mari, le poids maintenant de la culpabilité ou de l'impuissance ou de l'incompréhension.
Il faudrait peut être lui conseiller de rencontrer une psychologue, pour faire une relecture de cette vie.

Therese a dit…

En effet Doc V La reflexion du petit secouriste est a propos , que faisait ce monsieur avec une arme a feu!!!! Il aurait pu s en servir contre les medecins, les infirmiers , ses proches, J ajouterais meme que votre reflexion cavaliere est irresponsable...Y a pas qu en Amerique que les dements tirent sur tout ce qui bouge!

mdt a dit…

Moi je ne trouve pas le propos du Dr V cavalier, ni irresponsable! vous en connaissez beaucoup de petits vieux qui tirent sur les autres. Il y a un monde entre la vie réelle et la fiction et je crois que beaucoup d'entre nous ont perdu ce lien

Therese a dit…

D un point de vue juridique, la maison de retraite est responsable. Meme en France.

Tom Rakewell a dit…

Je ne pense pas que la maison de retraite ait été au courant de la détention de l'arme à feu. Ce que dit le Dr. V me paraît complètement normal : il ne manquerait plus que ça que les maisons de retraite fouillent les chambres de leurs pensionnaires ! Quant à la responsabilité de la maison de retraite... Mon propriétaire n'est pas responsable si je détiens une arme chez moi.

Mélanie a dit…

Bonjour,

J'ai lu votre commentaire suite à mon message sur le blog de Jaddo et connaissant également votre blog, je me demandais si vous-même, seriez interressé par notre chronique?

Nous pourrions en parler directement par téléphone, pourriez-vous me communiquer une adresse mail ou un numéro où je pourrais vous joindre? Je pourrais par la même occasion répondre aux questions que vous vous posez nous concernant.

Sinon, n’hésitez pas à m’envoyer un mail à l’adresse que vous trouverez ci dessous, nous pourrions fixer un rendez-vous téléphonique?

Je vous remercie d’avance de votre attention.

Cordialement,

Mélanie MARTRETTE

melanie.martrette@mvs-productions.fr